Dissidences n.12 : Les syndicalismes dans l'horizon révolutionnaire

TOC .n 12, 2012 (French text)
Introduction :

Ce volume 12 de Dissidences opérait, dans son appel à communication, un double déplacement pour interroger le fait syndical dans son rapport à la question révolutionnaire. Le pluriel, d’emblée, engageait à nos yeux l’ensemble du spectre syndical. Il autorise d’autant plus le registre comparatif qu’il ne comporte – délibérément - aucune mention géographique ; il implique également l’examen de syndicats réputés à droite, ou réformistes donc non révolutionnaires puisqu’il s’agissait là de conjurer l’une des apories classificatoires du clivage réformiste / révolutionnaire, catégorie pérenne du discours du mouvement ouvrier, souvent reprise telle quelle par l’historiographie. Questionner les syndicats dans l’horizon révolutionnaire ouvre doublement l’espace de l’enquête. La révolution se donne là soit comme but – l’analyse peut alors renouer avec le syndicalisme révolutionnaire - ou comme possible avec lequel doit composer l’action syndicale ; l’horizon révolutionnaire enfin implique l’ensemble de la société, et non la seule sphère syndicale réduite à la classe ouvrière, fut-elle travaillée par son rapport au politique. En filigrane alors, et dans la logique même de notre revue attentive aux mouvements révolutionnaires des XIXe et XXe siècle, nous attendions des propositions de communication qu’elles brossent, prises en gerbe, une sorte d’instantané du champ des études sur le syndicalisme réfractées par l’attention portée à la question révolutionnaire, ce au moment où dans le champ du syndicalisme européen ressurgissent des formes d’action empruntant au répertoire du syndicalisme révolutionnaire ou au luddisme quand, dans le même temps, l’orientation réformiste des grandes centrales ne cessent de s’affirmer. Il y avait là, semble-t-il, un chiasme propre à inscrire la lecture de ce volume dans les interrogations du présent, sans pour autant entendre dans ces contributions les leçons de l’histoire, mais bien plutôt un retour : soit l’appréciation du poids de l’époque dans la saisie historique du fait syndical. Un retour également sur le fait révolutionnaire pris comme horizon et non comme donnée, rejoignant là nos préoccupations sur la saisie contemporaine de l’extrême gauche[1], un retour aussi sur la bigarrure des syndicalismes pour mieux en apprécier la richesse historique. Ces retours successifs permettent le diagnostic d’un objet historique parfois en voie de marginalisation académique dont il s’agit pourtant de sonder les tréfonds, avant que le sommaire [2] même n’ouvre l’interrogation sur les pistes et les enjeux soulevés par les contributions qui suivent.

Sommaire :

LES SYNDICALISMES DANS L’HORIZON RÉVOLUTIONNAIRE (XIXE – XXE SIÈCLES) 9

PREMIÈRE PARTIE | 15
SYNDICALISME ET RÉVOLUTION EN FRANCE ET EN BELGIQUE

LE SYNDICALISME RÉVOLUTIONNAIRE DANS L’ENSEIGNEMENT ENTRE 1920 ET 1944 17
PAR LOIC LE BARS

LE SYNDICAT DES TRAVAILLEURS DU BOIS, BÂTIMENT ET AMEUBLEMENT DE BRUXELLES CONTRIBUTION À L’HISTOIRE DES TENDANCES RÉVOLUTIONNAIRES DANS LE MOUVEMENT SYNDICAL SOCIALISTE BELGE DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES 31
PAR FRANCINE BOLLE

SYNDICALISMES RÉVOLUTIONNAIRES ET FRONT POPULAIRE EN FRANCE 49
PAR MORGAN POGGIOLI

DE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE À LA RÉVOLUTION NATIONALE ? 61
ROGER ET YVONNE HAGNAUER DANS LA TOURMENTE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
PAR JEAN-PIERRE LE CROM

DES PAYSANS SYNDICALISTES ET RÉVOLUTIONNAIRES DANS LES CAMPAGNES FRANÇAISES
(ANNÉES 1960 - DÉBUT DU XXIE SIÈCLE) ? 77
PAR JEAN-PHILIPPE MARTIN

DEUXIÈME PARTIE | 89
FOCALE ITALIENNE

LES « BOLCHEVIQUES BLANCS » DANS LES CAMPAGNES TOSCANES
RADICALISME CHRÉTIEN DANS LA PÉRIODE DU « BIENNIO ROSSO » EN ITALIE (1919-1920) 91
PAR MATTEO BARAGLI

L’IMPOSSIBLE RÉVOLUTION LIBERTAIRE ITALIENNE
LES ANARCHISTES AU SEIN DE LA CGIL (1944-1956) 101
PAR GIORGIO SACHETTI

TROISIÈME PARTIE | 113
AMÉRIQUE(S)

« WHEN I JOINED THE UNION, THEY CALLED ME A RUSSIAN RED » :
DU SYNDICALISME ET DU COMMUNISME AUX ÉTATS-UNIS (1919-1929) 115
PAR CHRISTIAN BEUVAIN

LA CENTRALE DES TRAVAILLEURS DE CUBA :
UNE ARRIÈRE-GARDE BUREAUCRATIQUE DE LA RÉVOLUTION CUBAINE 127
PAR THOMAS POSADO

LE PÉRONISME SYNDICAL, UN SYNDICALISME RÉVOLUTIONNAIRE ?
LUTTE DE CLASSE ET SYNDICALISME GUERRIER DE 1955 À 1973 137
PAR GUILLAUME DE GRACIA


1. Collectif Dissidences, « Construction et déconstruction d’une catégorie : l’extrême gauche et ses avatars en France depuis 1989 », in Michel Biard, Bernard Gainot, Paul Pasteur et Pierre Serna (dir), Extrême ? Identités partisanes et stigmatisation des gauches en France en Europe (XVIIIe-XXe siècle), Rennes, PUR, 2012, p 67-80.

2. Rappelons que les contributions de ce volume se complètent d’un panel d’articles publiés sous format électronique à l’adresse suivante http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/


http://www.editionsbdl.com/Revue_DISSIDENCES/DISSIDENCES_12.html.
http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/