Aggregator

CfP: groc2026: Forced Mobility In Colonial Empires (15th-20th centuries)

3 months 2 weeks ago

THIRD GROC COLONIAL HISTORY CONFERENCE JUNE 8-10, 2026

This conference, organized by the Groupe de Recherche sur les Ordres Coloniaux (Research Group on Colonial Orders, GROC), will be held from June 8 to 10, 2026, at the University of Bordeaux-Montaigne.

FORCED MOBILITY IN COLONIAL EMPIRES (15TH-20TH CENTURIES)

By focusing on forms of constrained mobility in the imperial context, this conference aims to highlight all the movements imposed, supervised, or limited by a political, economic, or social authority, in which individual freedom is restricted. Through this approach, the goal is to consider exiles, deportations, and forced migrations linked to precariousness or dependence. Also included in this category are movements intended to evade or subvert colonial authority. Thus, constrained mobilities encompass structural mechanisms by which empires organize, regulate, or instrumentalize movement, as well as lived experiences of individuals within imperial worlds. Whether the displaced are settlers or colonized, we aim to examine the effects of displacement on the diverse range of statuses of people engaged in mobility within empires.

The mobility approach is part of a broader turning point in the humanities, marked by the rediscovery of space as a tool for analysis. Emerging prominently in the 1980s and 1990s in the English-speaking world, the Spatial Turn in the humanities has enabled a greater consideration of the geographical dimensions of research objects, which were often neglected in favor of temporal aspects.

Applied to imperial history, the mobility approach has proven fruitful in highlighting imperial networks, the movements of actors within, between, and outside empires, as well as questions of representation and the organization of space in colonial situations. These perspectives have largely inspired the proponents of New Imperial History. The work of these historians has made it possible to rethink mobilities on an imperial scale by analysing the multiple interactions and connections between the colonies, the metropolis, and the rest of the world, moving beyond a simple dichotomy between a centre and imperial peripheries. This new angle of approach has placed a greater emphasis on previously invisible or neglected circulations by expanding  the focus to the lived experiences of individuals on the move. Scholars have also examined forms of immobility and spatial constraints accompanying these movements.

HOW TO APPLY

This call for papers is open to all researchers, including both young researchers (PhD students and postdoctoral fellows) and tenured professors. Proposals for papers, consisting of a title, a 300-word abstract, and a short biographical note, are expected by February 6, 2026, 12 p.m. (Paris time) and deposited at the following address: https://groc2026.sciencesconf.org

CALENDAR

Application deadline: February 6, 2026

Notification of acceptance: April 6, 2026

CfP: Les violences intrafamiliales : conception, perception et répression, de l’Antiquité au Moyen Âge (in French)

3 months 2 weeks ago

COLLOQUE INTERNATIONAL

Histoire et Histoire du droit
Nîmes Université, 10-11 décembre 2026

Les violences intrafamiliales : conception, perception et répression, de l’Antiquité au Moyen Âge

Ce colloque international, organisé par Nîmes Université les 10-11 décembre 2026, se propose d’explorer la question des violences intrafamiliales – leurs conceptions, perceptions et répressions – depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge, dans une Europe de culture chrétienne (de l’Occident latin à l’Orient byzantin). L’objectif est de croiser différentes approches historiques, juridiques, anthropologiques, sociologiques et littéraires pour enrichir la compréhension de ces violences comme phénomène historique, en soulignant l’écart entre normes et pratiques, et en les reliant aux enjeux contemporains. Les communications devront respecter une chronologie de l’Antiquité à la fin du XIIIe siècle.

Axes thématiques

Les contributions pourront s’inscrire dans les axes suivants mais aussi proposer une approche originale :

  • Les conceptions de la famille : Comment les diverses formes de la famille (oikos, genos, familia, gens, maisnie, lignage,…) influencent-elles la perception des violences intrafamiliales ? Les évolutions sociales déterminent-elles une évolution de cette perception ? Quelles en sont les spécificités culturelles ?
  • La définition et les formes de la violence : Quelle(s) définition(s) est-il possible de retenir pour la violence, notamment dans un cadre inégalitaire (autorité paternelle), et celle-ci peut-elle varier dans une même société en fonction des familles ? Quelle est la nature des violences intrafamiliales (physique, psychologique, juridique, économique, symbolique…) ? Existe-t-il une continuité entre les époques ?
  • Les normes et leur application : Quels sont les cadres (juridiques, religieux, sociaux…) qui définissent les violences intrafamiliales ? Existe-il une différence entre la norme et la pratique ? À qui bénéficie la protection normative et quelle est son poids pour les personnes soumises (femmes, enfants, esclaves ou domestiques) et marginales (enfants naturels et adultérins) ?
  • Les formes de la répression et de la régulation : Quels sont les mécanismes et les institutions (juridictions domestiques, lois, sanctions religieuses, justice seigneuriale / royale, recours à un arbitrage…) qui répriment ou encadrent les violences ?
  • La famille comme reflet de la société : Les violences intrafamiliales reflètent-elles des tensions plus générales (sociales, économiques ou politiques) présentes dans la société ? Existe-il une particularité des violences au sein de la famille ?
  • Les sources et les représentations : Quelles sont les sources (juridiques, littéraires, épigraphiques, philosophiques, religieuses…) qui décrivent les violences intrafamiliales et comment en rendent-elles compte ? Quelles représentations (sociale, philosophique, politique, esthétique ou religieuse) caractérisent ces violences ? S’agit-il d’une dénonciation ou d’une légitimation ?
  • Les émotions, sentiments et relations : Quel rôle jouent les émotions et les sentiments (colère, jalousie, déception, honneur) dans les conflits familiaux ? Comment les relations affectives coexistent-elles avec la violence ?
  • Les adaptations individuelles et collectives face aux violences dans la famille : Dans un cadre censé être unitaire, communautaire voire protecteur comme la famille, quelles sont les difficultés, réactions et stratégies (silence, honte, tabou, invisibilisation, résilience, résistance, émancipation, dénonciation, promotion…) face aux violences intrafamiliales ?
  • Les « cycles » de la violence : Existe-t-il une transmission de la violence entre les générations (modèles et éducation) ? Quels sont les impacts d’une violence perpétuée ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication doivent être adressées aux organisateurs par courrier électronique,
avant le 28 février 2026.

Elles pourront être en anglais, italien ou français, et elles doivent être accompagnées d’un résumé de 1000 mots maximum précisant le titre, l’axe thématique, la période étudiée, les sources mobilisées et l’approche adoptée (histoire, histoire du droit, anthropologie historique etc.), ainsi qu’une brève notice biographique (affiliation institutionnelle, domaine de recherche). Le comité scientifique fera connaître les contributions retenues fin mai 2026.

Organisateurs et contacts

Comité scientifique

  • Aurélie Damet, Maître de conférences en Histoire grecque, Université Paris I Panthéon- Sorbonne.
  • Jérôme Devard, Spécialiste en Histoire du droit et littérature médiévale, Université de Poitiers, Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale.
  • Elena Giannozzi, Professeur d’Histoire du droit, Université de Lille.
  • Victoria Vanneau, Ingénieur de recherche au CNRS, Institut des études et de la recherche sur le droit et la justice.
  • Pascal Vielfaure, Professeur d’Histoire du droit, Université de Montpellier.

CfP: SCIENTIAE Annual Conference: Disciplines of Knowing in the Early Modern World

3 months 2 weeks ago

SCIENTIAE: Disciplines of Knowing in the Early Modern World
Annual Conference 
June 9-12, 2026 
University of Nantes
Call for Papers 
https://scientiae.uk
 

We are thrilled to announce the Call for Papers for Scientiae 2026. The annual conference, our 13th, will be held from 9 to 12 June 2026 in Nantes, France, and hosted by the Centre of research CRINI, and units of research attached to the Humanities Center at Nantes University.
 
Building on Scientiae’s interdisciplinary legacy, and its study of the production and circulation of knowledge, the conference will underscore the interconnectedness of regions, periods, cultures, and material and intellectual traditions in the period between 1400 and 1800. Although centred around the emergence of modern natural science, Scientiae is intended for scholars working in any area of early-modern intellectual culture. 

The Scientiae network encompasses the long Renaissance period and seeks to integrate historiographical reflection into an approach that, since its creation, has been firmly rooted in epistemology and the history of science, as well as intellectual history, and the practice of knowledge in dialogue. 

Our approach, therefore, is equally wide-ranging, involving Biblical exegesis, art theory, logic, and literary humanism, as well as natural philosophy, alchemy, occult practices, and trade knowledge. Attention is also given to mapping intellectual geographies through the tools of the digital humanities. 

Possible themes for papers include, but are not restricted to: 

  • Historiography and the Construction of Early Modern Knowledge 
  • History of Medicine 
  • Diplomacy & Intellectual History 
  • Iberian and Portuguese Science 
  • Imperial and Colonial Natures 
  • History of Science and the Global 
  • Connecting Worlds 
  • Building Communities around Knowledge 
  • War and Peace on the threshold of Intellectual History 

As always, we welcome proposals for individual papers, organized panels, roundtables, and workshops on all topics related to the emergent knowledge practices of the early-modern period.
 
Keynotes speakers 

  • Stéphane Van Damme (IUF, ENS Ulm, Maison Française d’Oxford) 
  • Martine van Ittersum (University of Dundee, Scotland, UK) 

The submission deadline is 31 January 2026. The conference committee will be in touch about your submission by the end of February. 

Please, send proposals with an abstract of 200 words and mini-bio of 50-100 words (no CVs) to this address: scienaenantes2026@gmail.com 

Membership is not required. 

Funding supports: Scientiae is offering up to 4 bursaries for Early Career Researchers (PhD candidates or scholars within max. 3 years from obtaining the PhD) to assist them with the expenses involved in attending the conference. The applicants to the bursary may simply mention it in their first submission.
 
Conference fees for attendance will be communicated with the submission result, by the end of February.
 
Languages: English. Submissions in French are allowed as an exception. Kindly note that presentations delivered in French should be accompanied by slides in English. In accordance with the network's tradition of collaborative knowledge sharing, English will serve as the main language for communication. 

Organization 

The conference is organized by Scientiae associaon with the collaboration of the partners at Nantes University. 

Location 

Nantes is the capital of the Pays de la Loire region and has a unique historical significance, lying at the intersection of Brittany and the Loire Valley. The distinguished history of Nantes is reflected in the Edit de Nantes, as well as the commercial significance of its port throughout the medieval era and the Renaissance. The primary activity at the port involved the importation of exotic products, such as tobacco from the West Indies and various spices from the East. At the beginning of the 18th century, the triangular trade developed in Nantes which became the first port in Europe. The city's history is reflected in its museums and architecture, which combine medieval, Renaissance, 18th-century, and modern Île de Nantes influences. 

Nantes is served by a direct TGV line to Paris, ensuring efficient rail connectivity between the two cities. In addition, the international airport, located approximately twenty minutes from the city center, offers daily air services.

CfP: Livres et manuscrits en « exil », XIXe-XXIe siècle (French and English)

3 months 2 weeks ago

Paris/France

Tout au long des XIXe et XXe siècles, des livres et des manuscrits se sont retrouvés en « exil » forcé en Europe. Réquisitionnés dans le cadre d’occupations militaires, à l’instar des livres spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, ils ont aussi fait l’objet de pillages dans le contexte de la colonisation. Ces objets culturels ont également pris le chemin de l’exil, accompagnant des exilés fuyant des régimes autoritaires, totalitaires ou des zones de guerre. Dans ce colloque, nous aimerions étudier ce phénomène historique des livres et des manuscrits en « exil », aussi bien d’un point de vue historiographique que dans sa dimension patrimoniale.

Colloque international, « Livres et manuscrits en “exil”, XIXe-XXIe siècle 

Paris, 22-23 Octobre 2026, Bibliothèque polonaise de Paris, Sorbonne/ Salle des Actes, BnF

Conception et coordination
  • Iwona H. Pugacewicz (Centre de civilisation polonaise Sorbonne-Université, Université de Varsovie), Nicolas Pitsos (ICP)
Institutions organisatrices/partenaires 
  • Centre de Civilisation Polonaise Sorbonne Université
  • Institut Bibliothèque Polonaise/ SHL
  • BnF
  • Université de Varsovie
  • Société pour la Protection des Souvenirs et Tombeaux Historiques Polonais en France
Argumentaire

Tout au long des XIXe et XXe siècles, des livres et des manuscrits se sont retrouvés en « exil » forcé en Europe. Réquisitionnés dans le cadre d’occupations militaires, à l’instar des livres spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale[1], ils ont aussi fait l’objet de pillages dans le contexte de la colonisation[2]. Ces objets culturels ont également pris le chemin de l’exil, accompagnant des exilés fuyant des régimes autoritaires, totalitaires ou des zones de guerre. Nous les retrouvons souvent à l’origine de la création de fonds patrimoniaux, tels que ceux constitués par les dons des dissidents pendant la Guerre Froide, ou encore au cœur des collections donnant lieu à la création de bibliothèques[3]. À cet égard, nous pouvons citer le cas de la Bibliothèque polonaise de Paris, fondée par des émigrés polonais en 1838, lors de leur arrivée en France, à la suite de la répression de la Première insurrection en 1831.

 Dans ce colloque, nous aimerions étudier ce phénomène historique des livres et des manuscrits en « exil », aussi bien d’un point de vue historiographique que dans sa dimension patrimoniale. Il s’agit de raconter, retracer, reconstituer l’histoire de ces objets culturels retrouvés en situation d’ « exil », de ces gisements documentaires sortis d’un pays et arrivés dans les murs d’une bibliothèque, d’une archive ou d’un fonds privé en Europe dans des conditions de « déplacement forcé »[4]

L’étude d’un tel objet s’inscrit dans un champ disciplinaire au carrefour entre l’histoire culturelle, sociale, des savoirs, des politiques et des pratiques culturelles. Les établissements documentaires qui ont accueilli ces livres et ces manuscrits, les projets qui les sous-tendent, leurs usages et leurs perceptions ont évolué en même temps que les sociétés qui les ont vu naître et fait vivre. Nous envisageons ainsi de contribuer à l’écriture de cette histoire : 

  • en reconstituant les trajectoires suivies par ces livres et manuscrits 
  • en étudiant le rôle des donateurs, des collectionneurs dans leur itinéraire en exil
  • en suivant les projets de création de fonds au sein des archives et des bibliothèques existantes
  • en retraçant les projets de fondation d’établissements auxquels ils ont parfois donné lieu pour être accueillis 
  • en interrogeant les outils et méthodes de leur classification et constitution en collections, ainsi que les demandes et/ou démarches de restitution dont ils ont fait l’objet de la part de particuliers et/ou des instances étatiques 
Modalités de soumission 

Si vous souhaitez participer aux travaux de ce colloque, qui se tiendra principalement à la Bibliothèque polonaise de Paris en octobre 2026, veuillez envoyer avant le 15 mars 2026 à l’adresse suivante, livresexil2026@gmail.com votre proposition en anglais ou en français, de 1500 caractères maximum, suivie d'une brève présentation bio-bibliographique. Les notifications d’acceptation seront communiquées fin mars 2026. Les langues de travail de cette rencontre seront l’anglais et le français.

Comité scientifique
  • Barbara Krzywicka-Kłosowicz (Société pour la Protection des Souvenirs et Tombeaux Historiques Polonais en France)
  • Loïc Marcou (EHESS/CETOBaC)
  • Marie-Élisabeth Mitsou (EHESS/CRH)
  • Janusz Pezda (Institut Bibliothèque Polonaise de Paris)
  • Nicolas Pitsos (ICP)
  • Iwona H. Pugacewicz (Université de Varsovie)
  • Jerzy Pysiak (Centre de civilisation polonaise Sorbonne-Université)
  • Elisabeth Walle (BnF)
Notes

[1] Voir Martine Poulain (dir.), Où se trouvent les bibliothèques françaises spoliées par les nazis ?, Enssib, 2019 et Martine Poulain, Livres pillés, lectures surveillées : les bibliothèques françaises sous l’Occupation, Paris : Gallimard, 2008 (rééd. Folio, 2011).

[2] « Qu'est-ce-que le retour ou la restitution des biens culturels », UNESCO, 1983.

[3]  « Dissidences et diasporas de l’Est, circulation des archives et des collections », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2022, n°145-146.

[4]  En revanche, les livres publiés en exil, ne font pas partie du périmètre thématique et documentaire de ce colloque.

Lieu

  • Bibliothèque pollonaise de Paris - 6 quai d'Orléans
    Paris, Frankreich (92600)

Format de l'événement

Événement sur place

Dates

  • Dimanche 15 mars 2026

Mots-clés

  • livre, exil, spoliation, colonisation, occupation militaire, restitution, patrimoine

Contact

  • Iwona Pugacewicz
    courriel : ipugacewicz [at] uw [dot] edu [dot] pl

CfP: Neutralité et non-engagement à l’épreuve des guerres civiles et des révolutions à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle) (French)

3 months 2 weeks ago

Avignon/France

À des périodes où la neutralité, au sens diplomatique, est suspecte et où l’engagement des individus est perçu comme un gage de l’adhésion des populations à un parti ou à un nouvel ordre (socio)politique, est-il réellement possible de se tenir volontairement à l’écart ? Ou bien la neutralité procède-t-elle davantage d’une identification contrainte, relevant d’un discours accusatoire, d’une stigmatisation que les acteurs entreprennent éventuellement de retourner en leur faveur ? En d’autres termes, peut-on choisir de ne pas choisir ? Ces questions seront appréhendées dans un cadre géographique et chronologique large, propice aux comparaisons : l’Europe moderne et ses colonies dans une longue durée, du XVIe siècle à « l ’Âge des révolutions atlantiques ».

Argumentaire

Au printemps 1790, le Moniteur fustige le club des Impartiaux, fondé par les « monarchiens » à la fin de l’année 1789 : « Quant aux Impartiaux, je ne leur parlerai point ; j’attends qu’ils prennent un parti : car entre oui et non, je ne vois pas trop de milieu ». Alors que les « Impartiaux » n’ont jamais revendiqué une certaine neutralité ou le refus affiché de se positionner dans les débats politiques, ils sont perçus comme tels par leurs détracteurs qui regardent avec méfiance leur modération et leur recherche d’une certaine forme de conciliation dans les premiers mois de la Constituante. Au-delà de l’attaque contre des adversaires politiques que l’on tente de délégitimer ou de stigmatiser, cet extrait du Moniteur est particulièrement révélateur des prises de position attendues des individus en temps de révolution. 

Les épisodes de guerres civiles et les révolutions imposent des positionnements souvent clivants et déstabilisants, déchirant ou, au contraire, soudant des individus, des familles, des réseaux, des groupes, des communautés. Alors que les ressorts des engagements politiques et leurs conséquences sociales, intimes, familiales (etc.) sont aujourd’hui mieux connus, ce colloque souhaite prendre le contre-pied en s’intéressant aux acteurs et aux actrices qui semblent peu ou pas impliqués dans les affrontements de leur temps, soit qu’ils affichent délibérément une impartialité prudente, soit qu’on les accuse d’adopter des comportements trop timorés et par-là même répréhensibles. La neutralité n’exprime donc jamais une indifférence à la conjoncture, bien au contraire : elle doit être appréhendée non comme un état (individuel ou collectif), mais comme un processus permettant de qualifier et de disqualifier des pratiques et des représentations. De ce point de vue, la neutralité n’est jamais neutre ; elle peut s’entendre à la fois comme la construction de positions consensuelles, par-delà les clivages de l’époque, et comme le fait de mettre un adversaire hors de combat, précisément en le neutralisant, c’est-à-dire en l’empêchant d’agir.

Considérée comme une sorte d’espace intermédiaire, entre la guerre et la paix, la neutralité désigne depuis le Moyen Âge l’action de s’abstenir, de ne pas prendre parti et, par extension, de faire preuve d’impartialité (Langendorf, 2007, Schnackenbourg, 2013). Construit à l’époque moderne dans les champs de la guerre et du droit international, le principe de neutralité et les questions de neutralisation qui le sous-tendent ont été surtout appréhendés par l’histoire des relations internationales dans une perspective diplomatique, commerciale ou économique, à l’échelle des États ou d’acteurs transnationaux (Schnackenbourg, 2015, Covo, 2022). C’est une autre démarche, dans une perspective sociohistorique, que nous voulons adopter dans le cadre de ce colloque en proposant une approche de la neutralité et du non-engagement par « le bas » (Cacciari, Gallenga, 2018), au niveau des vécus et des pratiques des acteurs et des actrices confrontés à des situations de crises extrêmes, tels que les guerres civiles ou les révolutions. 

À des périodes où la neutralité, au sens diplomatique, est suspecte (Chanet et Windler, 2009), et où l’engagement des individus est perçu comme un gage de l’adhésion des populations à un parti ou à un nouvel ordre (socio)politique, est-il réellement possible de se tenir volontairement à l’écart ? Ou bien la neutralité procède-t-elle davantage d’une identification contrainte, relevant d’un discours accusatoire, d’une stigmatisation que les acteurs entreprennent éventuellement de retourner en leur faveur ? En d’autres termes, peut-on choisir de ne pas choisir ? Quelles stratégies impliquent de tels choix ? Comment s’expliquent-ils ? Quelles en sont les conséquences ? Comment ces acteurs et actrices non-engagés, non-exposés, sont-ils perçus ? Ces questions seront appréhendées dans un cadre géographique et chronologique large, propice aux comparaisons : l’Europe moderne et ses colonies (incluant les États-Unis indépendants) dans une longue durée, du XVIe siècle à « l’Âge des révolutions atlantiques ».

Le présent colloque se propose d’explorer trois axes principaux (qui n’ont rien d’exhaustifs) :

Choisir de ne pas choisir : stratégies, ressources, enjeux 

Ce premier axe souhaite explorer les logiques qui sous-tendent le choix de la neutralité et du non-engagement. En croisant des temporalités différentes (guerres civiles des XVIe et XVIIe siècles, révolutions anglaise, française et américaine, etc.), il s’agira ainsi d’appréhender les enjeux et les stratégies qui permettent aux acteurs et aux actrices de rester neutres et de ne pas s’engager. Est-ce vraiment possible ? Peut-on réellement s’abstraire du monde en contexte révolutionnaire/guerre civile ? Quelles ressources sont-mobilisées ? Quelles sont les marges de manœuvre réelles des individus ? Quelles en sont les conséquences pour les acteurs, leur famille, leurs réseaux, etc. ? Les focales micro-analytiques seront particulièrement bienvenues.

Les lieux neutres à l’épreuve des guerres civiles et des révolutions ?

Un second axe ambitionne d’étudier ce que font les guerres civiles/conflits révolutionnaires à l’organisation et à la réorganisation des « lieux neutres ». Le concept, emprunté aux travaux de Luc Boltanski et Pierre Bourdieu (Boltanski, Bourdieu, 1976), renvoie à des institutions ou plus généralement des espaces sociaux, dans lesquels les classes dominantes parviennent à dépasser leurs dissensions pour produire des « lieux communs », censés dépasser les conflits particuliers, en se prévalant d’une forme d’impartialité. Or, en situation de révolution ou de guerre civile, le lieu commun se délite, le langage gagne en opacité et s’affirme une « logique des marquages », qui privilégie volontairement le continu au discontinu (Jérémie Foa, 2024). S’ensuivent des enjeux de requalification des lieux neutres et, par-là même, de la définition de la neutralité. On pourra s’interroger sur la pertinence du concept de lieu neutre dans l’étude des sociétés modernes. Quels sont ces lieux ? Quels sont leurs régimes de légitimation (l’expertise, l’intérêt général, la raison d’État, etc.) ? Peuvent-ils apparaître comme des lieux de non-engagement, ou au contraire comme les vecteurs d’une implication politique et idéologique masquée ?

Neutralité des experts et des expertises

Enfin, un troisième axe s’intéressera au rôle de l’expertise dans la construction de la neutralité et des lieux neutres. Le statut de l’expert lui confère en effet une réputation d’impartialité, censée dépasser les clivages et les tensions idéologiques. Il s’agira de s’interroger de manière critique sur la manière dont l’expertise est mobilisée, tant pour légitimer la neutralité de l’État et de ses agents que pour justifier la participation d’acteurs non étatiques (entrepreneurs, hommes d’affaires, savants, techniciens…) dans l’action publique. En effet, selon Weber, « le fonctionnaire […] ne doit pas faire de politique, mais il doit « administrer », avant tout de façon non partisane. […] Le fonctionnaire doit exercer sa charge sine ira et studio, « sans colère et sans prévention ». Il ne doit donc pas faire précisément ce que l’homme politique, le chef aussi bien que ses partisans, doit toujours et nécessairement faire, à savoir lutter. […] L’honneur du fonctionnaire consiste, quand les autorités qui sont au-dessus de lui s’obstinent, malgré ses remontrances, à lui ordonner quelque chose qui lui paraît erroné, dans sa capacité à exécuter cet ordre […] comme si cet ordre correspondait à sa propre conviction » (Weber, 2003). La distinction entre homme politique, libre d’agir et de lutter, et l’administrateur, plaçant « son sentiment du devoir professionnel au-dessus de sa volonté propre », (éthique de conviction/éthique de responsabilité) est-elle véritablement opératoire ? L’expertise peut alors apparaître comme un moyen de légitimation de discours et de pratiques particulières, au nom du désintéressement et de principes universalistes (la rationalité, l’efficacité…). Quelles sont les modalités de justification et d’auto-représentation des experts ? Comment sont-elles contestées ? De quelle manière la neutralité de l’expertise est-elle reconnue en contexte révolutionnaire/de guerre civile ?

Modalités de contribution 

Le colloque se tiendra les 4 et 5 novembre 2026 à Avignon Université (Vaucluse) en présentiel et en distanciel. Chaque communication devra durer 30 min.

Les propositions doivent être envoyées au plus tard le 15 mars 2026 conjointement aux adresses suivantes :

nicolas.soulas@ac-aix-marseille.fr

boris.deschanel@univ-avignon.fr 

Les propositions de communication doivent comprendre les informations suivantes :

  • Nom, Prénom et courriel ;
  • Titre de la communication et résumé en 2000 signes maximum ;
  • Une brève bio-bibliographie.

Les frais d’hébergement, de déplacement et la restauration sont pris en charge par le colloque. La publication des actes du colloque est prévue.

Coordination
  • Boris Deschanel, maître de conférences en histoire moderne à Avignon Université (Centre Norbert Elias UMR 8562)
  • Nicolas Soulas, docteur en histoire moderne, chercheur associé au LARHRA (UMR 5190)
Comité scientifique
  • Stéphane Durand, Avignon Université (Centre Norbert Elias UMR 8562)
  • Maxime Kaci, Université de Besançon (Centre Lucien Febvre)
  • Virginie Martin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IHMC)
  • Anne Rolland-Boulestreau, Université catholique de l’Ouest (CHEC, CHUS)

Lieu

  • Université d'Avignon
    Avignon, France

Format de l'événement

Événement hybride

Dates

  • Dimanche 15 mars 2026

Mots-clés

  • non-engagement, neutralité, guerres civiles, révolutions

Contact

  • Nicolas Soulas
    courriel : nicolas [dot] soulas [at] ac-aix-marseille [dot] fr